lundi 25 février 2008

Tombés au front

10 heures de ripio pour rejoindre Puerto Aysen, on a peur de ne jamais arriver. Sur le flanc des montagnes, les troncs blancs d’alerces morts ressemblent à des potences. Même spectacle dans les vallées. Ces arbres abattus nous font penser à un champ de bataille désolé. Il s'agit des vestiges de grands incendies (souvent volontaires) qui ont ravagé la région il y a quelques décennies.

Le soleil est vicieux et brûle la peau. La faute au trou dans la couche d’ozone, nous sommes dans une zone à risques. Il faut dire que l’été 2008 fut le plus chaud que les Patagonnes aient connus de mémoire d’homme, mais peut-être que les UVB rendent amnésiques. Certains lieux ont enregistré des pointes à 37°, soit 10 de plus que les maximales habituelles ("que les normales saisonnières", aurait dit le défunt Gillot Pétré).



Puerto Aysen est un drôle de village où l’activité se concentre le long d’une rue principale. Discussion sur le port avec un batelier qui convoie des milliers d’énormes tourteaux dans la cale de son rafiot. Il est normal, mais il vient de Chiloe, pas de Puerto Aysen.



Les maisons de la ville sont mignonnes mais passablement délabrées, à l’image de ses habitants: après plusieurs échanges avec un échantillon représentatif de la population, on peut confirmer le diagnostic: ils sont tous plus ou moins atteints de débilité avancée. Plusieurs hypothèses pas forcément contradictoires: la consanguinité, le vent, la solitude, l’alcool…évidemment le trou dans la couche d’ozone. Mais pourquoi pas le virus ISA - ou virus de la marée rouge - propagé dans la mer à diverses espèces de poissons ou crustacés à cause des entreprises de salmoniculture qui utilisent semble-t-il trop d’antibiotiques.
Depuis une dizaine d’années, la salmoniculture intensive s’est dévéloppée fortement dans le sud du Chili. Les saumons sont élevés dans des bassins captifs immergés dans les fjords, ce qui permet d’écrire «élevé en mer» sur l’emballage… Une Norvégienne nous explique admirative qu’un système optique et électronique permet de gaver les poissons aussi vite que possible.



Aujourd’hui, le miracle prend l’eau : à Puerto Montt, une usine vient de mettre 1000 employés sur le carreau. Les affreux lotissements qui défigurent le paysage pourraient vite se transformer en favelas…

Déjeuner au « El Bajon ». On nous passe la musique de La Panthère Rose en boucle. Pau fait remarquer qu’en face, les photocopies ne coûtent que 25 pesos , soit 4 centimes d’euros, mais on ne sait pas si ça vaut vraiment le coup de descendre jusqu’ici pour ça, même si vous en avez beaucoup à faire.